jeudi 08 décembre 2016

Zdrasvoutié Citoyens du Système Solaire,

C’est le chovalier Groin. Je suis l’ancêtre d’Olivier Garchon. Si vous ne connaissez pas Olivier Garchon, difficile d’en parler. La plupart des gens qu’il côtoie laissent entendre qu’il est taré. Moi, je dirais que c’est simplement une tête de nœuds. Pour en savoir un peu plus sur mes relations avec cet abruti et comment je l’ai retrouvé, vous pouvez aller sur mon site www.chovaliergroin.fr .
Cet été, je suis allé avec lui à Minsk, la capitale de la Biélorussie. Pour ceux qui sont aussi incultes que l’autre tête de cul, la Biélorussie est située entre la Pologne et la Lithuanie à l’Ouest, la Russie à l’Est, la Lettonie au Nord et l'Ukraine au Sud.
Pendant que l’échappé d’Alcatraz était en train de prendre des cours de théâtre pendant la semaine et faire je ne sais trop quoi en ville le dimanche, j’en ai profité pour visiter cette cité méconnue. Je suis revenu avec plein de souvenirs et un certain nombre de photos. Même si j’ai connu Niépce, je ne suis pas très à l’aise avec vos appareils numériques et ne suis pas du genre à prendre des photos à tous les coins de rue. Cependant, l’atmosphère de cette capitale entourée de forêts verdoyantes m’a incité à utiliser la boîte à images électronique.
Comme, en rentrant, j’étais fatigué à l’idée de retrouver la platitude de mon quotidien de vieillard, alors que je regardais ces photos avec mélancolie, je me suis demandé ce que je pouvais en faire. Je ne souhaitais pas utiliser les albums de photos traditionnels que l’on ne regarde plus au bout de deux semaines. C’est alors que m’est venue l’idée d’exploiter la carte de Minsk pour donner à ma collection de photos une autre dimension. Je me suis alors regardé dans une glace. Après un instant de dégoût, je me suis rappelé d’une conversation avec Alan Turing.
Cela se passait à Birmingham en 1949.
Je travaillais pour Agatha Christie comme coursier. Elle avait besoin de quelqu’un lui rapportant les faits insolites dans les environs des endroits qu’elle visitait quand elle partait en vacances. Une façon pour elle de nourrir son imaginaire. C’était au début du mois d’août. Je venais de quitter le manoir de la romancière pour aller boire un verre en ville.
Après une chope d’une bière maison, j’aperçois à la table d’à côté, un homme en train de noter avec un empressement inhabituel des formules incompréhensibles sur un cahier tout en mangeant des petits morceaux de fromage cubiques. Cette frénésie insolite m’intrigue. Je m’approche de la table de l’homme concentré:
-Puis-je m’asseoir ?
L’homme n’entend pas. Je répète ma question plus fort:
-Puis-je me joindre à vous ?
L’homme lève les yeux, puis, après un temps, dit:
-Vous êtes Brady ?
La lumière éblouissante ne lui permet pas de distinguer ma silhouette dans l’obscurité.
-Non, qui est Brady ?
-C'est le fils du gérant de l’hôtel où je réside. Je l’attends depuis une demie-heure. Il a dû oublier, ce n’est pas très grave. Qui êtes-vous ?
Je m’asseois à sa table.
-Je suis de passage dans la région et je travaille pour la romancière Agatha Christie.
Il me regarde avec une curiosité déconcertante comme s’il scrutait une sculpture.
-Vous avez un visage fascinant. Je ne parviens pas à vous donner d’âge. C’est extraordinaire !
-N’essayez pas. Disons que l’être à la capuche noire n’a jamais souhaité me rencontrer et ce depuis plusieurs siècles.
-Vous me charriez ? Vous avez un déguisement ?
-Non, c’est de la bonne vieille peau fripée purement organique d’origine.
-C’est étonnant ! Vous m’avez l’air plus vieux qu’Hérode…
-Les mauvaises langues disent que Moïse avant de mourir avait l’air d’un jeune premier à côté de moi.
-Vous n’avez jamais pensé à vous faire faire un lifting ?
-Un quoi ?!
-Un lifting. On vous enlève des morceaux de peau en certains endroits pour tendre l’épiderme et vous débarrasser des rides. Les techniques sont encore expérimentales mais ça peut être intéressant de prendre le risque…
-Je préfère laisser la nature jouer son rôle.
Turing allume une cigarette, tire une bouffée et regarde pendant quelques secondes le bout se consummer.
-Putain d’habitude que j’ai prise pendant la guerre.
-Eteignez-moi cette saloperie et je vous offre un scotch…
Turing me regarde un instant et écrase sa cigarette dans le cendrier sur la table. Je commande deux scotch avant de demander :
-Vous êtes un scientifique ?
-Si vous voulez, mais vous savez, je me fous pas mal d’être ce que je suis. Ce qui m’importe c’est le pépiement des oiseaux, le meuglement des vaches et l’eau d’un torrent qui coule dans la vallée. Mon rôle dans la société, je m’en fous. Si je vous dis ce que je fais, je vais me dégoûter moi-même.
-C’est si horrible que ça. Vous faites des expériences sur des cadavres ?
- Je travaille sur la définition formelle d’un automate capable d’effectuer des opérations élémentaires. En parallèle, j’essaye de trouver des façons de crypter de l’information et je tente d’élaborer une machine permettant de jouer aux échecs.
-Je pensais que vous alliez me parler de lagrangien, de wronskien et d’espace de Hilbert. Vous êtes un petit joueur.
Un serveur dépose les boissons sur la table et s’éloigne. Après une gorgée, Turing répond:
-Vous n’avez peut-être plus la notion des âges mais je ne suis plus étudiant. Si vous êtes un mathématicien, vous tombez mal. Je n’apprécie que les saltimbanques.
Après quelques secondes de réflexion, je récite un poème de ma composition en essayant de mettre le ton:
Je m’étais assis sur cette dune
Et j’essayais de voir la lune,
Mais où est donc l’astre de la nuit ?
Peut-être qu’on l’avait enlevé aujourd’hui ?
Il y avait bien quelques étoiles
Mais rien pour nourrir une toile.
Je cherchais dans tous les coins
le croissant qui ne se mange point.
Je ne trouvais pas la viennoiserie
Qui réjouit grands et petits.
Devais-je donc me résigner
Au sort de Séléné ?
Qu’allait donc dire sa maman ?
Je restais songeur en observant le firmament.
C’est alors qu’une lueur apparut.
C’était elle en petite tenue.
Elle était derrière un gros nuage,
En train de mettre son corsage.
Elle venait de commettre l’acte de chair,
Avec un cumulo-nimbus bien en chair.
Elle l’avait vidé de son eau,
Nous évitant ainsi les grandes eaux.
Moralité : quand Séléné n’est pas sage,
Il est probable qu’il n’y ait pas d’orage.
Je trempe les lèvres dans mon scotch, attendant le verdict de Turing. Ce dernier, après un temps, dit :
-Vous avez connu La Fontaine, non ?
-Effectivement, j’étais serveur au temps de Fouquet et La Fontaine était souvent à ses soirées.
-J’aime pas tellement. Je dis pas que vous n’êtes pas poétique mais c’est trop statique…
Un peu vexé, je lui demande :
-Vous n’avez pas écrit quelque chose vous-même que je puisse apprécier votre style ?
-J’ai écrit des trucs mais mon obsession de l’automatisation transparaît de façon trop flagrante et cela ne vous plaira pas.
-Vous plaisantez ou quoi ?! Vous me…
-Ok, c’est bon !
Lorsque je suis assis à ma table,
Je me fais une tartine au sirop d’érable.
Après une bouchée,
Je suis prêt à plancher.
C’est ainsi que commence la division
En petites opérations
D’un processus évolué
Qui mérite d’être sectionné.
Avant, il faut être allé sur le terrain
Pour ne pas être dans le pétrin
En définissant les opérations élémentaires
Qui permettront un codage rudimentaire.
Prenons un exemple banal:
Je souhaite monter à cheval.
Tout d’abord, je caresse l’animal.
Puis je murmure des choses amicales:
" Cheval, que tu es bien bâti,
Tu ressembles à un Nokota du Mississipi."
Je vais ensuite chercher l’équipement
Dans mes appartements.
Si le cheval s’en est allé,
Je le cherche dans les allées.
Sinon je lui mets le harnais et la selle,
Tout en susurrant : « Bête, que tu es belle !»
Alors, je mets le pied dans l’étrier,
Tout en essayant de ne pas crier.
Une fois sur le périssodactyle,
Je deviens très tactile
Et l’invite à suivre le chemin
Sans trop secouer mon arrière-train.
Je finis mon scotch et dis :
-Effectivement, c’est moins statique et il y a un contenu intellectuel.
-Vous trouvez ?
-C’est indéniable.
-Mais vous voyez, je me dégoûte un peu maintenant. Bon, je dois y aller. Merci pour le verre. Vous êtes ?
-Chovalier Groin et vous ?
-Turing. Alan Turing. Adieu Groin, heureux d’avoir fait votre connaissance.
Il sort de l’auberge. Je reste songeur un temps.
Ce n’est que plus tard que j’appris qui était ce type et quel avait été son rôle pendant la guerre.
Quand j’appris sa triste fin quelques années après, j’eus la preuve que la connerie humaine continuait à prospérer dans les pays reposant sur des fondements démocratiques et supposés attachés aux droits des êtres humains.
En me remémorant ce souvenir devant le miroir, l’idée commençait à se concrétiser dans mon esprit. Après quarante jours de réflexion et une centaine de compresses de glace pilée sur le front, j’avais divisé en opérations élémentaires mon projet d’associer la carte aux photos que j’avais prises.
Je divisai la carte en zone et, sur chaque zone, je repérai les endroits correspondant à ma collection d’images.
Par ailleurs, les portions de carte affichées ne donnant pas une bonne visibilité des rues et des monuments, je décidai de rajouter une fonction de zoom.
Pour plus de détails sur l’utilisation des cartes, je vous invite à aller dans la rubrique Fonctionnement du site.
Pour des détails sur les cartes utilisées ou des liens intéressants, faites un saut dans la rubrique Cartes et liens.
Avant d'emprunter un passage souterrain à Minsk, vous pouvez consulter le plan de métro de la capitale Biélorusse.
Si vous habitez Minsk et constatez quelques erreurs de localisation ou si vous souhaitez me faire parvenir vos photos pour que je les intègre aux cartes ou si vous souhaitez faire une remarque, une suggestion, me dire que j’ai une sale gueule…n’hésitez pas à me contacter.

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